Solidarites International

Parmi les habitants de la tour d’Aassoun, Abou Mohamed est un personnage phare. Lors de la première visite de Kamal à la Tour, il nous a accueilli chez lui, autour d’un café qui, selon lui « n’est pas aussi bon que d’habitude car ma femme est la vraie spécialiste, et elle travaille aujourd’hui ».
Abou Mohamed est avocat de droit international et, avant la guerre, il travaillait dans l’administration. Comme beaucoup d’autres il a dû quitter sa ville natale de Homs pour trouver refuge au Liban, il y a quatre ans.

Sur le chemin, à pied avec sa famille, il a croisé la mort, la soif et la faim. Avec émotion, il nous raconte « On pressait les fruits que nous trouvions pour pouvoir boire. Nous avons vu beaucoup de gens morts d’empoisonnement sur le bord des routes  car ils avaient bu l’eau des champs, remplie de pesticides.»
Au Liban, une fois la frontière passée, il a parcouru de nombreux villages avant de s’installer dans la tour d’Aassoun, qu’il a pu trouver par le biais de différents contacts. Malgré cette période stressante et incertaine où « on ne savait jamais sur qui nous pouvions tomber au Liban », Abou Mohamed en tire une anecdote drôle. « Lorsque nous sommes arrivés au Liban, nous dormions chez qui voulait bien nous héberger. Mais nous savions que même au Liban, certains villages sont partisans du régime ou des rebelles. Pour éviter les problèmes, je posais toujours la question « qui soutenez-vous ? » en premier à notre hôte afin de pouvoir répondre « nous aussi ». Un jour nous sommes arrivés dans un autre village, et nos hôtes m’ont répondu « vous savez, nous on ne soutien aucun des partis, on n’est pour personne », au moment où je me sentais enfin soulagé et où je m’apprêtais à répondre « nous aussi », mon fils me tire le bras et dit « mais papa, je croyais que nous on soutenait le régime, comme l’autre jour »… j’étais tellement gêné ! Mais ça nous a fait bien rire… l’innocence des enfants devant cette situation absurde ».

En arrivant à Aassoun, il raconte « je suis resté enfermé deux mois dans ma chambre. Je refusais de parler à qui que ce soit. J’avais tout perdu. Deux mois pour faire le deuil de ma vie… ».
Depuis, Abou Mohamed vit comme les autres habitants, au rythme des petits boulots, et des saisons qui les rendent de plus en plus précaires. « Au moins, nous sommes loin de la guerre et mon fils peut aller à l’école », argumente-t-il.
Abou Mohamed met sa formation au service de la communauté de la Tour en fournissant de l’assistance légale et des conseils juridiques à ceux qui en ont besoin.