Solidarites International

Au cours de ses nombreuses visites d’appartements et de famille au cœur des quartiers les plus défavorisés de Tripoli, Nour a voulu témoigner de certaines situations qui l’ont marquée et commente deux planches, afin d’accompagner le lecteur dans la découverte de sa bande dessinée.

La première planche concerne la visite du deuxième appartement, au moment où Nour s’apprêtait à entrer à l’intérieur.

« Nous avons rencontré le père de famille dans la rue puis il nous a invité à monter chez lui. L’entrée de l’immeuble était très étroite et de l’eau inondait tout le sol et les escaliers. Nous avons monté quelques étages, toutes les portes des autres appartements étaient ouvertes je pouvais voir des appartements très petits et nus, sans trop de meubles. »
« Une fois devant la porte, j’ai baissé la tête et j’ai vu au moins une dizaine de paires de chaussures. » Au Liban et en Syrie, les gens ont pour habitude de retirer leurs chaussures avant de rentrer dans leurs appartements. La plupart du temps les chaussures restent à l’entrée sur le palier. « Je me suis directement imaginé le nombre de personnes qui devaient vivre ici ! Il y avait des chaussures de toutes tailles, ce qui signifiait que toute la famille vivait ensemble dans ce si petit appartement. J’ai donc dessiné ce tas de chaussures, qui symbolise la surpopulation des habitats en ville.»

« La deuxième planche raconte un épisode un peu singulier, qui m’a fait comprendre, que sur le terrain, il fallait s’attendre à tout ».

« Pour pouvoir plus facilement recueillir des témoignages, nous étions passés par une association locale, Basmeh & Zeitouneh, qui nous a permis d’emprunter leur centre de quartier pour pouvoir organiser quelques réunions avec les femmes et les hommes du quartier et de parler en petit comité de la vie quotidienne de chacun, sans pression extérieure ou gêne. »
« Nous avions prévu un groupe de 5 femmes et nous attendions l’après-midi 5 hommes. A 14h, nous avons accueillis 5 hommes, mais quelques secondes plus tard, d’autres sont arrivés, puis encore d’autres… nous voyions la salle se remplir et nous nous demandions comment nous allions pouvoir gérer tout ça, nous n’étions que 4 filles face à cette vingtaine d’hommes. »

« Pour faire comprendre ce moment, j’ai dessiné des cases pleines de jambes, qui montre le nombre de personnes qui ne s’arrêtaient plus de rentrer dans la pièce, et un plan large sur la salle pour traduire notre surprise face à l’arrivée massive de tous ces hommes, le bruit de la rue, la salle comble… »
« Finalement, tout le monde a participé et la réunion s’est très bien déroulée, ils avaient beaucoup de choses à raconter et ils en avaient l’envie et le besoin. La journée était chargée en émotion ».